Loïc Malhaire, Lucio Castracani, Jill Hanley

Résumé

L’article explore les enjeux de deux campagnes de mobilisation réalisées au Centre des
travailleuses et travailleurs immigrants (CTI), auprès de personnes (1) immigrantes
permanentes insérées en agence de placement et (2) migrantes temporaires. À partir de
données collectées par participation observante et complétées par des entretiens semidirectifs,
nous restituons une chronologie des deux actions collectives dont nous analysons
les défis et les stratégies. Les résultats montrent que ces deux mobilisations constituent des
réponses alternatives et complémentaires à des syndicats inopérants pour rejoindre la main-d’œuvre précaire immigrante. Premièrement, le CTI offre les ressources humaines et
matérielles nécessaires pour le développement du leadership des personnes qui deviennent
sujet de droit et acteur de leur lutte. Cette dimension citoyenne semble d’ailleurs tout aussi
importante pour les travailleurs que l’amélioration de leurs conditions matérielles de travail.
De plus, les deux campagnes montrent une complémentarité entre la défense individuelle et
collective de la main-d’œuvre. D’autre part, les collaborations menées avec un syndicat
révèlent un rapprochement stratégique entre deux organisations dont les ressources et les
expertises sont complémentaires, renforçant aussi la légitimité du CTI. Cependant,
l’engagement communautaire du syndicat reste marginal et produit des effets limités quant
aux résultats des campagnes et à la possibilité de transformer profondément ses pratiques.
Enfin, l’informalité des rapports de travail qui concernent les deux catégories d’immigrants,
oblige à composer avec des moyens tout aussi informels pour appuyer leur organisation,
rendant nécessaire le réseautage communautaire, religieux et culturel.