David Chapdelaine et Martin Gallié

Résumé

Cette chronique, qui se veut essentiellement descriptive en restituant les données disponibles, propose de s’attarder sur la fermeture de l’ensemble des installations d’Amazon au Québec. Plus précisément, elle revient sur l’installation de l’entreprise dans la province (1) et sur les premières enquêtes concernant les conditions de travail dans les entrepôts (2). Elle présente ensuite les données disponibles sur les différentes campagnes de syndicalisation au Québec entre 2022 et 2024 (3). La partie suivante traite des principales réactions syndicales et politiques après l’annonce de la fermeture des entrepôts en janvier 2025 (4). Nous nous attardons ensuite sur les différends judiciaires d’Amazon pendant et après la fermeture des entrepôts (5). Ces jugements offrent en effet de précieuses données sur les pratiques antisyndicales d’Amazon au Québec et sur les potentielles causes de la fermeture des entrepôts (6). Enfin, pour conclure, nous soulignerons que l’entreprise est toujours bien présente au Québec. Elle a simplement décidé de sous-traiter de nouveau ses activités. Et les premières enquêtes disponibles chez les sous-traitants sont unanimes pour dénoncer les conditions de travail imposées aux travailleurs et travailleuses (7).

L’objectif de la chronique est alors de faire ressortir deux éléments. Premièrement, en fermant ses entrepôts au Québec, Amazon a de nouveau privilégié et encouragé le recours à la sous-traitance au Québec et au travail dit « autonome ». Cette pratique contribue à miner le droit du travail, la liberté syndicale et plus généralement le salariat. Elle participe alors à opposer les travailleurs et les travailleuses salariés de Postes Canada à ces travailleurs et travailleuses précaires, aux conditions de travail inacceptables. Elle encourage concrètement le moins-disant social et participe à miner le service public de livraison. Deuxièmement, cette remise en cause du droit du travail, de la liberté syndicale et du service public, n’a suscité aucune contestation notable de la part des deux niveaux de gouvernement.

Force est alors de constater que ces attaques s’inscrivent dans la continuité de celles menées par les deux niveaux de gouvernement contre la législation du travail et les services publics. Difficile alors de ne pas voir une complémentarité évidente, entre les pratiques d’Amazon et celles de nos gouvernants.