Le modèle coopératif à l’épreuve de l’économie de plateforme : une étude de cas au Québec

Les coopératives de plateforme entendent présenter un modèle alternatif aux plateformes capitalistes. Détenues et gérées par leurs membres (travailleurs et usagers), elles sont plus émancipatrices que ces dernières et offrent des outils juridiques et organisationnels dont les travailleurs peuvent se saisir pour contenir la précarisation du travail, caractéristique de l’économie de plateforme dominante. Cet article s’appuie sur l’analyse d’Eva Coop au Québec, plateforme coopérative de transport et de livraison en concurrence directe avec Uber, en adoptant une enquête de terrain sur le rapport au travail des chauffeurs et des livreurs. Cette étude de cas éclaire les tensions entre les ambitions du modèle coopératif et les retombées limitées de certaines de ses initiatives. Les résultats montrent que l’environnement hostile au sein duquel se déploie ce modèle fait émerger des pratiques parfois éloignées des principes du coopérativisme de plateforme, et du mouvement coopératif en général.

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Olivier Rafélis de Broves et Sid Ahmed Soussi

Une économie informelle méta-institutionnalisée en Haïti ; Le cas du « Sistèm Pratik » et des Madan Sara

Cette étude examine le « sistèm pratik » (SP), une méta-institution informelle développée par les Madan Sara (MS) en Haïti pour structurer l’économie informelle locale et transnationale. Fondée sur une enquête qualitative multisituée de 14 mois auprès de 28 participant·es, elle identifie quatre dimensions institutionnelles : financières (« sòl »), sécuritaires (gouvernance par les pair.es), judiciaires (tribunaux populaires) et commerciales (réseaux d’approvisionnement). L’approche néo-institutionnaliste révèle un système fondé sur la confiance, la solidarité et la réciprocité, opérant au-delà des frontières nationales, notamment dans les corridors Haïti–République dominicaine–Mexique. Le SP compense les déficits des institutions formelles et génère des dynamiques d’adaptation et d’innovation endogènes. Il constitue ainsi une forme de résistance institutionnelle, où les actrices de l’économie informelle transforment un espace marginalisé en levier de développement alternatif.

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Sandra Jean-Gilles, Bénédique Paul et Sid Ahmed Soussi

Comment changer? Quelques pistes de réflexion d’un point de vue syndical

De nouvelles opportunités s’offrent au mouvement syndical. La rareté de la main-d’oeuvre et la situation économique (inflation) procurent une conjoncture favorable aux organisations syndicales leur permettant de regagner du terrain perdu. De plus, outre la récente décision de la Cour d’appel du Québec concernant les travailleurs et travailleuses étudiants d’ABI – qui reconnait que ceux-ci ne peuvent pas être payés moins pour accomplir des tâches équivalentes – de récents changements législatifs rendent plus difficiles l’adoption de clauses de disparité de traitement et commandent l’obligation d’une rémunération équivalente pour les travailleurs et travailleuses d’agence. Reconnaissant la nécessité du changement organisationnel, thématique de ce numéro, pour les différentes parties prenantes du monde du travail, les auteur.es posent alors cette question : comment les organisations syndicales pourraient saisir l’occasion qui se présente? Dit autrement, comment pourraient-elles contribuer à réduire la précarité en emploi tout en assurant la pérennité des organisations ? Après cinq décennies de « vent de face », les astres sont alignés pour que le mouvement syndical reprenne l’offensive et travaille à renverser la vapeur de la précarisation du travail, Pour se faire, il faut sortir du carcan de leur corporatisme syndical, et surtout ne pas « surfer » sur la satisfaction des membres. Il faut au contraire des actions d’éducation, de mobilisation et de sécurisation, afin de contrer la précarisation du marché du travail. Cette conjoncture favorable doit aussi bénéficier aux travailleurs et travailleuses précaires, une telle opportunité ne se représentera pas souvent!

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Diane Gagné, Dominic Lemieux

Qu’est devenu le modèle québécois de relations professionnelles ?

Le modèle québécois de relations professionnelles mis en place à partir des années 1960 a permis la consolidation du syndicalisme tant dans les milieux de travail que sur le plan politique. Les salariés ont obtenu des gains par la négociation collective et les syndicats ont acquis un statut d’interlocuteur politique privilégié. À compter des années 1980, les transformations du capitalisme ont dégradé les relations d’emploi et contribué à freiner la syndicalisation. Les syndicats ont aussi perdu de leur influence auprès de l’État. Les avancées obtenues par les salariés s’appuient sur la protection de droits individuels ou sur des luttes menées par d’autres mouvements sociaux. Cette situation interroge donc les stratégies politiques du syndicalisme et sa capacité à représenter la diversité du salariat. Mots-clés Droits économiques et sociaux Emplois précaires Liens État-syndicats Québec Relations du travail Syndicalisme

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Thomas Collombat; Martine D’Amours

La sous-traitance de la sécurité à l’Université 

Cet article traite de la soustraitance à l’UQAM. Celle-ci est particulièrement bien implantée dans les domaines d’activité où les conditions de travail sont les plus précaires et où les personnes racisées sont surreprésentées. Martin Gallié, professeur au Département des sciences juridiques, s’est intéressé de plus près à la sous-traitance de la prévention et de la sécurité à l’UQAM pour en faire ressortir d’importants enjeux syndicaux. Il analyse les tâches confiées aux agent.e.s de sécurité ainsi que leurs conditions de travail, puis il dresse un portrait de l’entreprise GardaWorld à qui l’UQAM sous-traite sa sécurité. Mots-clés :  Sous-traitance Université Compagnies de sécurité Gardiennage Agents de sécurité

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Martin Gallié

Modeling the job quality of ‘work relationships’ in China’s gig economy

Policy interventions geared toward improving the quality of gig economy work depend not only on how this work is classified in legal terms but also on a fine-tuned understanding of the relevant factors that determine the quality of the gig ‘work relationship’. Models that are used to evaluate standard work, however, are poorly adapted to gig work. This article proposes a ‘work relationship’ model adapted to the gig economy. The model is inspired by Dunlop’s systems approach and is constructed from 24 in-depth interviews with gig economy workers. A survey generated from the model was used to verify the relevance of 3 macro-level and 12 micro-level factors. Its main findings are that income, labour protections, voice and client behavior are the most significant factors in determining the quality of work and of work relations as determined by gig workers.    

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Wei Wei; Ian Thomas MacDonald

Reconceptualising Work and Employment in Complex Productive Configurations

Martine D’Amours – Université Laval, Canada Leticia Pogliaghi – Universidad Nacional Autónoma de México, México Guy Bellemare – Université du Québec en Outaouais, Canada Louise Briand – Université du Québec en Outaouais, Canada Frédéric Hanin – Université Laval, Canada   Abstract Increasingly, work and employment take place within network firms, value chains, and other organisational forms extending control beyond the firm’s legal boundaries. This article proposes a model rooted in sociological concepts (work organisation, control, and risk) to analyse how social relations of work and employment are structured, and how inequalities are manufactured, in these organisational forms. First, we change the level of analysis, moving from firm to productive configuration. Second, we propose the notion of social labour relations, to grasp the relationship between workers and any entity likely to control their conditions of work and employment. Social labour relations articulates five dimensions that could be used to compare groups of workers who are participating in the same configuration. Third, we analyse how control is exercised by which entity/entities and over which social labour relation dimension. Such an understanding is essential to provide avenues for institutional renewal: namely to reconnect control and responsibility. Keywords: control, employment relationship, productive configuration, risk, social labour relation

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Martine D'Amours; Leticia Pogliaghi; Guy Bellemare: Louise Briand; Frédéric Hanin

Treatment Disparities Viewed through the Lens of the Network Firm

Abstract The decentralization of productive processes through vehicles such as the network firm or global value chain has led to a significant and well-documented growth of inequality in wages and other work conditions. Some attempts have been made at the Québec, ILO and European Union levels to combat the inequality associated with atypical employment, through legislative measures aimed at combating treatment disparities based on employment status. In this paper, the author evaluates the effectiveness of these measures by proposing and testing a new analytical model — one which distinguishes between the location of production (or work activity) and the nature of the employment relationship. Production may be either decentralized or centralized, and within each of those options, the employment relationship may be either externalized or internalized. Thus, the model generates four possible combinations or “quadrants” in which to map an area for comparison of employment conditions. Within each quadrant, the author assesses the legislative tools intended to address treatment disparities based on status, concluding in each case that they fall well short of what is needed. Ultimately, she argues that the definition of treatment disparities must be broadened to take into account the social division of labour within the network firm. Accordingly, disparity of treatment should be found to exist whenever groups of workers doing the same or equivalent work within the same network firm are provided with different employment conditions.

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Martine D'Amours

Représentations médiatiques et opinion publique de l’assistance sociale au Québec

Cet article présente les méthodes, les analyses et les résultats de travaux de recherche portant sur la couverture médiatique de l’assistance sociale au Québec et sur les opinions des Québécois quant aux politiques d’assistance sociale et à leurs prestataires. Il discute des conclusions de recherche dans le contexte plus large des réformes des politiques d’assistance sociale au Québec. Il positionne de ce fait les activités de communication publique menées par des acteurs sociaux et politiques en lien étroit avec les rapports de force qui influencent les réformes apportées aux politiques sociales. Mots-clés : assistance sociale, politiques publiques, représentations médiatiques, opinion publique, Québec

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Normand Landry; Alexandre Blanchet; Sylvain Rocheleau; Anne-Marie Gagné; Pascale Caidor; Christiane Caneva

Authoritarianism and Attitudes Toward Welfare Recipients Under Covid-19 Shock

This paper has looked at the evolution of attitudes toward welfare recipients and the impact of authoritarian dispositions on these attitudes in the context of the Covid-19 health crisis. We used two representative surveys, the first (n = 2,054) conducted in the summer of 2019 and the second (n = 2,060) in Quebec in June 2020, near the end of the first wave of the Covid-19 pandemic in the province. One thousand one hundred and seventy eight participants in the second survey had also participated in the first, allowing to analyze potential movement among many of the same individuals. Overall, while our results clearly indicated that authoritarian dispositions were associated with more negative views of welfare recipients, the pandemic does not appear to have affected the relationship between these attitudes and authoritarian traits. Additionally, we found no evidence that a direct measure of perceived threat moderated the relation between authoritarianism and attitude toward welfare recipients. Yet, we did find that, in the context of the pandemic, authoritarianism was associated with the attribution of lower deservingness scores to welfare recipients who were fit for work, suggesting that authoritarianism interacts with an important deservingness heuristic when evaluating who deserves to be helped.

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Alexandre Blanchet; Normand Landry