Cahier de recherche sociologique numéro 66-67, hiver–automne 2019: Le travail qui rend pauvre : action publique et résistances au Nord et au Sud

Ce numéro thématique consacré au « travail qui rend pauvre » s’est fixé pour objectif de faire le point sur l’apport de la recherche en matière d’action publique et de politiques sociales liées au travail précaire et sur les stratégies de résistance des travailleur.euse.s pauvres. Il se propose aussi d’alimenter la réflexion épistémologique sur ces enjeux, entre chercheur.e.s du Nord et du Sud global, dans la perspective d’une réorientation du regard porté sur les nouveaux paradigmes de l’action publique visant les travailleur.euse.s pauvres, mais aussi sur les résistances qui les remettent en question et qui sont souvent invisibilisées. Depuis maintenant plus de quarante ans, le glissement vers une politique économique néolibérale a marqué un saut qualitatif si important que l’aspiration à l’intégration complète et mondiale des travailleur.euse.s dans le salariat classique apparaissait désormais comme une « utopie à rebours ». Force est par ailleurs de constater que, dans la foulée de cette nouvelle « grande transformation », la fragmentation du travail et la flexibilisation des marchés de l’emploi – renforcées par la récurrence de périodes de crise et de reprise qui ne créent pas suffisamment d’emplois permanents à temps plein pour empêcher la progression des formes d’emplois atypiques et précaires au Nord et la prédominance des « emplois vulnérables » au Sud – ne peuvent plus être envisagées comme une donnée conjoncturelle. Elles doivent plutôt être entendues comme un trait marquant des nouvelles dynamiques de réorganisation du travail et de rerégulation de l’emploi. Comme le soutenait déjà Pierre Bourdieu au tournant du millénaire, ces transformations sont soutenues par une logique d’individualisation et de remarchandisation des relations de travail, de casualization croissante des contrats de travail et d’expansion des secteurs de l’économie informelle, avec pour conséquence la « destruction méthodique des collectifs » et l’aggravation de la vulnérabilité des travailleur.euse.s pauvres, tant sur le plan économique que sur celui des droits sociaux. Elles concourent également à accroître la segmentation des marchés du travail s’appuyant notamment sur une re-hiérarchisation des statuts d’emploi en fonction du genre, de l’âge, de l’origine ethnique et affectant plus largement les populations les plus vulnérables. Dans cette conjoncture, il apparaît que le travail ne peut plus être envisagé en soi comme un rempart face à la pauvreté. Cette dynamique s’est par ailleurs exacerbée dans la foulée de la révolution du numérique, et depuis la crise de 2008, avec l’essor de la « gig economy », ou économie de plateformes, caractérisée par le recours à des dispositifs algorithmiques d’incitatif au travail et de contrôle permanent, un morcellement des horaires à travers l’octroi de microtâches, la facilitation de la mise à disponibilité d’une « armée de réserve » de travailleur.euse.s précaires et « jetables ». La pandémie actuelle, poussant bon nombre de personnes vers ce que certains appellent la « hustle–economy », semble par ailleurs pousser encore plus loin la tendance à l’entreprisation de soi dans le capitalisme avancé. Les travaux des vingt dernières années portant sur les transformations et la remise en cause de l’État social insistent tous sur le parallélisme entre l’effritement du modèle salarial et le changement de paradigme dans le champ des politiques sociales. À la précarisation provoquée par la transformation des modalités de gestion de la main-d’oeuvre et les multiples réformes du droit du travail s’est ajouté un accroissement des modalités, du ciblage et des contrôles des prestations sociales (assurance-emploi, aide sociale, prestations familiales, « bolsa familia [bourse famille] », programme NREGA en Inde, etc.). Au Canada, l’exclusion partielle ou totale des mécanismes traditionnels de protection sociale des travailleur.euse.s migrants temporaires, mais aussi des travailleur.euse.s indépendants, d’agences, ou à temps partiel, …

Articles scientifiques, Direction de revue, Ouvrages

Yanick Noiseux et Sid Ahmed Soussi

Desmonte do Estado e das Políticas Públicas. Retrocesso do desenvolvimento e aumento das desigualdades no Brasil

Fernando Pires, membre international du GIREPS, a publié en 2020 l’œuvre collective DESMONTE DO ESTADO E DAS POLÍTICAS PÚBLICAS. Retrocesso do desenvolvimento e aumento das desigualdades no Brasil. L’ouvrage a été développé avec d’autres éditeurs (Junior Macambira, Maria Cristina Cacciamali, Amilton Moretto et Franco de Matos) Le livre a été publié à Fortaleza (Brésil) avec le soutien de: l’Institut de développement du travail (Instituto de Desenvolvimento do Trabalho (IDT)); l’Observatoire de politiques publiques de l’Université fédérale de Ceara (Observatório de Políticas Públicas (OPP) da Universidade Federal do Ceará (UFC)) et le Group de recherche sur la gestion des politiques du travail de l’Université de Brasilia (Grupo de Pesquisa Gestão de Políticas de Trabalho (GEPOLT) da Universidade de Brasília (UnB))  

Ouvrages

Júnior Macambira; Fernando Pires; Maria Cristina Cacciamali; Amilton Moretto; Franco de Matos

Le travail à l’épreuve des nouvelles temporalités

L’ouvrage collectif « le travail à l’épreuve des nouvelles temporalités » est né de la collaboration entre Diane-Gabrielle Tremblay et Sid Ahmed Soussi, membre du GIREPS. Les deux chercheurs.euses cosignent également, au sein de cet ouvrage, le premier chapitre « Les temporalités contemporaines : un état des lieux ». Deux autres membres du GIREPS, Yanick Noiseux et Mylène Fauvel, ont également coécrit le chapitre « Le mouvement communautaire autonome et les conditions de travail: Entre précarité et contrôle des temps de travail » Comment les temporalités en émergence dans le contexte de nos activités quotidiennes, professionnelles et sociales changent-elles notre rapport au travail ? Comment, dans un univers de l’emploi dont les frontières se sont progressivement effacées, les espaces et les temps sociaux se recomposent-ils ? Les auteurs du présent ouvrage proposent une réflexion critique à partir de la double exigence qui transforme sans cesse ces frontières. Il y a celle des milieux, soit celle des environnements des entreprises privées et des organisations publiques avec les contraintes d’organisation que génèrent leurs activités. Il y a aussi le défi pour les travailleurs qui, pour s’affranchir de ces contraintes, doivent imaginer et expérimenter des formes de conciliation entre les temps du travail, de la vie professionnelle et les temps sociaux et familiaux. Ce livre met en dialogue – pour tout lecteur issu du domaine de la sociologie, de l’entrepreneuriat, de l’économie, des sciences politiques ou autres – des enquêtes menées dans différents milieux du travail. Il va au-delà de la simple présentation de la variable temporelle et de ses incidences sur les réarrangements institutionnels et intuitifs des tâches dans les organisations ; il dresse un état des lieux des temporalités contemporaines qui ont progressivement reconfiguré l’emploi et les activités professionnelles telles qu’elles prennent forme aujourd’hui. Fractionnement des temps professionnels, dilution des frontières traditionnelles des horaires, brouillage de temps sociaux autrefois cloisonnés, mais aussi espace de travail et espaces sociaux et familiaux : autant de variables dont la prégnance semble incontestable sur notre rapport au temps et au travail. Tremblay, Diane-Gabrielle, Soussi, Sid Ahmed (dir). 2020. « Le travail à l’épreuve des nouvelles temporalités » Presses de l’Université du Québec, 224 pages. Tremblay, Diane-Gabrielle, Soussi, Sid Ahmed. 2020.  « Les temporalités contemporaines : un état des lieux », dans Tremblay, Diane-Gabrielle, Soussi, Sid Ahmed (dir). Le travail à l’épreuve des nouvelles temporalités: 1-19. Noiseux, Yanick, Fauvel, Mylène. 2020. « Le mouvement communautaire autonome et les conditions de travail: Entre précarité et contrôle des temps de travail » , dans Tremblay, Diane-Gabrielle, Soussi, Sid Ahmed (dir). Le travail à l’épreuve des nouvelles temporalités: 53-82.

Chapitre de Livre, Ouvrages

Sid Ahmed Soussi et Diane-Gabrielle Tremblay

Les nouvelles frontières de la relation d’emploi

Deux membres du GIREPS, Martine D’Amours et Yanick Noiseux, en compagnie des chercheurs-euses Christian Papinot et Guylaine Vallée, ont assuré la direction du numéro « Les nouvelles frontières de la relation d’emploi » (2017) au sein de la revue Relations Industrielles et ont signé ensemble un article présentant les contributions de différentes chercheurs-euses dans ce numéro. Référence D’AMOURS, M., Y. NOISEUX, PAPINOT, C. et G. Vallée.  « Les nouvelles frontières de la relations d’emploi », Relations industrielles/Industrial Relations, vol. 72, no.3, pp. 409-420.  

Direction de numéro de revue, Ouvrages

Martine D'Amours et Yanick Noiseux

Trabalho, desenvolvimento e pobreza no mundo globalizado

Sous la direction de F. Pires et Y. Noiseux. Ouvrage colligeant les articles rédigés par les conférenciers et conférencières dans le cadre du Colloque international sur les travailleurs pauvres, la protection sociale et la lutte contre la pauvreté, dans les contextes brésiliens et canadiens qui s’est tenu à l’Université fédérale du Ceará (Fortazela) du 30 octobre au 1er novembre 2012

Ouvrages

Fernando José Pires de Sousa, Yanick Noiseux

Transformations des marchés du travail et innovations syndicales au Québec

Pour qui s’intéresse à l’évolution du travail au Québec, le passage à un régime néolibéral au tournant des années 1980 renvoie à un concept : la flexibilisation. Trente ans plus tard, avec la montée en flèche du nombre d’emplois atypiques, force est de constater que flexibilité rime aussi avec précarité, l’emploi atypique se distinguant trop souvent par une moindre rémunération et un accès restreint aux multiples formes de protection sociale. Comment le syndicalisme peut-il s’ajuster aux besoins différenciés d’une main-d’œuvre de plus en plus diversifiée et employée sur des marchés du travail toujours plus segmentés ? L’auteur nous invite à penser le marché du travail à partir de sa périphérie, et à réfléchir à l’innovation syndicale à partir des pratiques, des stratégies et des revendications d’organisations de travailleurs se situant sur les marges de la société salariale. Dans une démarche qui vise le rajeunissement, voire la métamorphose du syndicalisme, il porte attention aux possibilités d’innovation sous-tendue par la nouvelle configuration du travail dans le capitalisme d’aujourd’hui. Pour ce faire, il présente un état des lieux du travail sur les marchés périphériques au Québec, en accordant une place prépondérante aux expériences des travailleurs, puis expose des pistes de réflexion sur le renouvellement de la théorie syndicale et sur le redéploiement de l’action syndicale au Québec. Enfin, il propose cinq études d’expériences portées, ici et maintenant, par des travailleurs atypiques et des organisations syndicales soucieuses de répondre à leurs besoins différenciés en matière d’organisation collective. L’ouvrage nous montre que les organisations de travailleurs demeurent déterminantes et constituent l’une des pistes majeures à explorer afin de repenser l’articulation des mobilisations et l’émancipation sociales à l’ère de la mondialisation néolibérale. Noiseux, Yanick. Transformation du travail et innovation syndicales au Québec, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2014, 276 p.

Ouvrages

Yanick Noiseux

Quand travailler enferme dans la pauvreté et la précarité

Travailler ne met plus à l’abri de la pauvreté et peut enfermer dans la précarité. Car la société salariale est affaiblie par les transformations des interventions entrepreneuriales et étatiques. De plus en plus de travailleurs et surtout de travailleuses n’ont plus accès aux protections collectives et sociales qui leur donnaient un appui pour mener des projets professionnels et de vie. L’heure est à la remarchandisation du travail. Pour étayer le phénomène de la pauvreté en emploi et en mesurer l’ampleur au Québec, l’ouvrage propose de nouvelles constructions statistiques qui reposent sur une définition extensive de la notion de travailleur. Le choix de cette définition se trouve justifié par les travaux de recherche menés par les membres du Groupe de recherches interdisciplinaires sur l’emploi, la pauvreté et la protection sociale (GIREPS). Elle s’accorde avec le caractère multidimensionnel de la pauvreté en emploi. Yerochewski, Carole. Quand travailler enferme dans la pauvreté et la précarité, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2014, 214 p.

Ouvrages

Carole Yerochewski

Les travailleurs pauvres : Précarisation du marché du travail, érosion des protections sociales et initiatives citoyennes

L’emploi se transforme. Auparavant relativement stable, il devient de plus en plus précaire, flexible, temporaire. Dans cette vaste transformation, les entreprises autant que l’État -modifient leurs modes d’opération et leur rôle. Compétitivité et productivité sont autant de mots-clés faisant partie du vocabulaire des dirigeants politiques et économiques. Mais à quelles conditions et à quels coûts pour les travailleurs ? Hélas, l’emploi ne permet souvent plus de garantir un niveau de revenu suffisant pour ne pas être pauvre. Ulysse, Pierre-Joseph, Frédéric Lesemann et Fernando J. Pires de Sousa. Les travailleurs pauvres: Précarisation du marché du travail, érosion des protections sociales et initiatives citoyennes, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2014, 298 p.

Ouvrages

Pierre-Joseph Ulysse, Frédéric Lesemann, Fernando J. Pires de Sousa