Chronique des conflits du travail no. 11 : Amazon attaque le droit du travail et Postes Canada : retour sur la fermeture des entrepôts du Québec en 2025

Cette chronique, qui se veut essentiellement descriptive en restituant les données disponibles, propose de s’attarder sur la fermeture de l’ensemble des installations d’Amazon au Québec. Plus précisément, elle revient sur l’installation de l’entreprise dans la province (1) et sur les premières enquêtes concernant les conditions de travail dans les entrepôts (2). Elle présente ensuite les données disponibles sur les différentes campagnes de syndicalisation au Québec entre 2022 et 2024 (3). La partie suivante traite des principales réactions syndicales et politiques après l’annonce de la fermeture des entrepôts en janvier 2025 (4). Nous nous attardons ensuite sur les différends judiciaires d’Amazon pendant et après la fermeture des entrepôts (5). Ces jugements offrent en effet de précieuses données sur les pratiques antisyndicales d’Amazon au Québec et sur les potentielles causes de la fermeture des entrepôts (6). Enfin, pour conclure, nous soulignerons que l’entreprise est toujours bien présente au Québec. Elle a simplement décidé de sous-traiter de nouveau ses activités. Et les premières enquêtes disponibles chez les sous-traitants sont unanimes pour dénoncer les conditions de travail imposées aux travailleurs et travailleuses (7). L’objectif de la chronique est alors de faire ressortir deux éléments. Premièrement, en fermant ses entrepôts au Québec, Amazon a de nouveau privilégié et encouragé le recours à la sous-traitance au Québec et au travail dit « autonome ». Cette pratique contribue à miner le droit du travail, la liberté syndicale et plus généralement le salariat. Elle participe alors à opposer les travailleurs et les travailleuses salariés de Postes Canada à ces travailleurs et travailleuses précaires, aux conditions de travail inacceptables. Elle encourage concrètement le moins-disant social et participe à miner le service public de livraison. Deuxièmement, cette remise en cause du droit du travail, de la liberté syndicale et du service public, n’a suscité aucune contestation notable de la part des deux niveaux de gouvernement. Force est alors de constater que ces attaques s’inscrivent dans la continuité de celles menées par les deux niveaux de gouvernement contre la législation du travail et les services publics. Difficile alors de ne pas voir une complémentarité évidente, entre les pratiques d’Amazon et celles de nos gouvernants.

Chroniques du travail

David Chapdelaine et Martin Gallié

Chronique des conflits de travail no. 10 : La grève illimitée de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre-décembre 2023, Partie III : enjeux et pistes de réflexion sur la grève de la FAE

Cette troisième fiche sur la grève de la FAE propose de dégager quelques pistes de réflexion en vue de recherches à venir. À l’été 2025, soit plus d’un an après la grève de la FAE et du Front Commun, les bilans se font encore attendre mais quelques propositions d’analyse, lancées dans le débat public, y sont néanmoins repérables. Nous renvoyons aux articles de presse parus dans la semaine du 5 février, aux interventions politiques d’Yvan Perrier, de Marc Bonhomme et de Ghislaine Raymond relayées par Presse-Toi à Gauche, au texte de Louis Girard publié par le World Socialist Web Site, à l’article signé par Fanny Theurillat-Cloutier paru dans les Nouveaux cahiers du socialisme à l’hiver 2024 et à celui de Claude Lessard publié en avril 2024 dans la Revue internationale d’éducation de Sèvre. Si bilan il y a eu de la part des organisations syndicales, elles ne sont pas disponibles au public, à ce jour. Du contenu des contributions mentionnées ci-haut comme de celui du traitement médiatique qui a été accordé à la grève pendant son déroulement et dont nous avons fait état dans les précédentes fiches, trois enjeux peuvent être dégagés : le contenu de l’entente et le peu qui a été finalement obtenu (1) ; les stratégies qui ont été privilégiées par les directions syndicales (dont le recours à la grève) face au gouvernement (2) ; les solidarités qui se sont construites au fil de la mobilisation (3). Nous reprenons ici les discours sur ces trois questions tour à tour

Chroniques du travail

Elsa Galarand et Martin Gallié

Chronique des conflits de travail no. 9 : Faire « mine » de rien : historique des conflits de travail à la Fonderie Horne à travers leurs effets sur la santé publique de Rouyn-Noranda (1980-2024)

Ce texte a pour objectif d’exposer la chronologie de deux grèves méconnues et peu analysées, celles des travailleur·euse·s de la Fonderie Horne de 1986-1987 et de 2002-2003. La comparaison entre ces deux conflits de travail nous permettra par ailleurs de revenir sur l’évolution de la mobilisation et du discours syndical quant à la place des enjeux de SST dans les négociations et, plus largement, sur leurs répercussions pour les citoyen·ne·s de Rouyn-Noranda. Compte tenu des discussions récentes sur les taux anormalement élevés d’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda – et sur la possible fermeture de cette usine qui emploie plus de 600 personnes syndiqué·e·s par la Confédération des syndicats nationaux (CSN) –, il est particulièrement intéressant d’interroger la position syndicale actuelle vis-à-vis le développement industriel en région et ses conséquences sur la santé des travailleur·euse·s et habitant·e·s. Nous amorcerons cette chronique par une brève présentation historique du syndicalisme dans la ville de Rouyn-Noranda (1). Par la suite, nous aborderons l’activité et la stratégie syndicale lors des grèves de 1986-1987 (2) et de 2001-2002 (3). La comparaison entre ces deux conflits distincts permettra ensuite de mettre en contexte la position syndicale actuelle quant à la fermeture de la fonderie (4). Nous conclurons finalement avec un commentaire sur le pouvoir de l’entreprise Glencore et la responsabilité qu’elle fait porter aux citoyen·ne·s (5).  

Chroniques du travail

Félix Beauchemin

Chronique des conflits de travail no. 8 : les grèves locales des conducteur·trice·s d’autobus scolaire au Québec en 2023-2024 et le cas de Transco-Montréal/First Student

Cette chronique porte sur les conflits de travail entre des syndicats locaux de conducteur·trice·s de véhicules scolaires et des compagnies de transport qui ont marqué différentes régions québécoises au cours de l’année 2023 et au début de l’année 2024. Après une brève mise en contexte retraçant l’état de syndicalisation dans le secteur du transport scolaire (1), nous exposons le fonctionnement et les mécanismes de financement propres à ce secteur (2) pour brosser ensuite un portrait des conditions de travail et des enjeux qui sont au cœur des revendications portées par les syndiqué·e·s (3). La section qui suit propose une chronologie des grèves dans le secteur du transport scolaire au cours des deux dernières années (2023-2024) (4), et ce, en fonction de l’affiliation des syndicats locaux à différentes centrales (4.1 et 4.2). Nous présentons ensuite une brève étude du cas de la plus grande entreprise multinationale de transport scolaire au Québec et en Amérique du Nord, Transco/First Student (5). Nous insistons en particulier sur le cas de la grève chez Transco-Montréal, car celle-ci fut la plus longue et la plus importante au cours de cette période (6). En guise de conclusion, nous ferons un premier bilan des gains réalisés par les chauffeur·euse·s à l’issue de ces conflits de travail et discuterons des rôles joués par l’État et les Centres de services scolaires (CSS), dans le cadre de ces conflits, ainsi que des avenues possibles en termes de stratégies syndicales futures (7)

Chroniques du travail

Anthony Desbiens

Chronique des conflits de travail no. 7 : la première grève de professeur·e·s de l’Université McGill (2024)

Le 24 avril 2024, la toute récente Association McGillienne des professeur·e·s de droit (AMPD), créée en 2021, déclenche une grève illimitée. Dans le petit monde des enseignant·e·s universitaires québécois·e·s, c’est un événement rare qui mérite d’être souligné. L’AMPD est alors le premier syndicat de professeur·e·s au sein de la prestigieuse Université McGill, à déclencher une grève et le premier à subir les attaques frontales d’une direction ouvertement antisyndicaliste. C’est ainsi un conflit qui permet d’illustrer une campagne antisyndicale d’un patronat totalement décomplexé, qui n’hésite pas à mobiliser des fonds publics, les tribunaux, à faire traîner les négociations et à ridiculiser les étudiant·e·s solidaires afin d’empêcher ou de décourager toute forme de syndicalisation du corps professoral. Ce même patronat qui, souligne le jeune syndicat, s’oppose à toute forme de contestation et fait preuve d’une rare arrogance : il recourt aux forces de l’ordre et à des services de sécurité privés pour expulser un campement propalestinien qui demande simplement une reddition de compte ; il méprise ouvertement les demandes de familles autochtones qui souhaitent procéder à des fouilles archéologiques pour préserver les restes d’enfants retrouvés sur le campus lors de travaux ; et il est alors incapable de s’opposer efficacement au Gouvernement québécois, qui a décidé d’augmenter d’un tiers les frais de scolarité des étudiant·e·s de premier cycle qui ne sont pas Québécois·e·s. C’est également une lutte qui permet de mettre en lumière pourquoi et comment un groupe de travailleurs et de travailleuses relativement privilégié, peu habitué à se mobiliser et à lutter collectivement, décide finalement de s’organiser, de « recourir à l’action syndicale » pour reprendre leur formule, afin de s’opposer à l’arbitraire patronal et aux attaques contre leurs conditions de travail. Ce cas permet enfin d’illustrer une forte solidarité de la communauté universitaire canadienne et québécoise, qui ne se limite pas à un soutien moral, mais qui s’accompagne d’un soutien financier important et de moyens de pression relativement originaux, comme les flying pickets. Enfin, ce conflit offre des pistes de réflexion préoccupantes sur les motivations et le zèle qu’ont pu déployer certains cadres pour s’opposer frontalement, sans crainte d’être condamnés au tribunal pour entraves, aux droits fondamentaux de se syndiquer et de négocier collectivement.

Chroniques du travail

Mireille Fournier et Martin Gallié

Chronique des conflits de travail no. 6 : La grève illimitée de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre-décembre 2023 (partie II)

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents. Par là, elles veulent contribuer à alimenter les recherches sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses en lutte contre l’exploitation. Cette chronique présente une chronologie de la grève illimitée menée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre à décembre 2023. Cette mobilisation visait à dénoncer l’inaction du gouvernement face aux revendications concernant les conditions de travail, la composition des classes et les salaires des enseignants. Malgré des tentatives de négociation, le gouvernement n’a proposé que des concessions insuffisantes, menant à une grève historique impliquant 65 500 enseignant·e·s. La mobilisation a culminé le 23 novembre 2023, date marquée par une manifestation massive et un soutien important du public. Après cinq semaines de grève, une entente de principe a finalement été conclue, bien que celle-ci ait suscité des réactions mitigées parmi les membres, en raison de compromis perçus comme insuffisants face aux attentes initiales.

Chroniques du travail

Elsa Galarand et Martin Gallié

Chronique des conflits de travail no. 5 : Grève dans l’hôtellerie à l’automne 2024. Entretien avec trois préposées aux chambres

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents, en vue d’alimenter la recherche sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses contre l’exploitation. Les 30 syndicats impliqués dans le secteur de l’hôtellerie mènent une plateforme commune de revendications pour négocier avec leurs employeurs, tout en conservant la liberté d’ajouter des demandes spécifiques et de choisir leurs moyens d’action. Sans convention collective depuis le 30 juin 2024, plusieurs grèves ponctuelles ont eu lieu durant l’été. Le 12 septembre, les employés de l’hôtel Bonaventure à Montréal ont entamé une grève illimitée, suivis le lendemain par ceux de l’hôtel PUR à Québec. Les travailleurs de l’hôtel Delta à Sherbrooke, quant à eux, ont adopté une banque de 120 heures de grève. La présente chronique vise à faire un bref survol de cette lutte syndicale.  

Chroniques du travail

Martin Gallié et Elsa Galerand

Chronique des conflits de travail no. 4 : le lock-out des débardeurs du port de Québec (2022 – 2024)

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents, en vue d’alimenter la recherche sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses contre l’exploitation. Le 15 septembre 2022, la Société des arrimeurs de Québec (SAQ) déclenche un lock out à l’encontre des 81 débardeurs du Port de Québec. En septembre 2024, deux ans plus tard, le lock out est toujours en vigueur et les activités du Port de Québec semblent fonctionner « normalement ». Elles seraient même en légère hausse. Il faut dire que dans la mesure où les ports relèvent de la compétence fédérale, la SAQ peut légalement recourir à des briseurs de grève.    

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Martin Gallié et Yanick Noiseux

Chronique des conflits de travail no. 3 : La grève illimitée de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre-décembre 2023 (partie I)

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents. Par là, elles veulent contribuer à alimenter les recherches sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses en lutte contre l’exploitation. Cette chronique est consacrée à la grève des 65 500 enseignantes (du préscolaire, du primaire, du secondaire, de l’enseignement en milieu carcéral, de la formation professionnelle et de l’éducation des adultes) syndiquées à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE[1]) qui a été déclenchée le 23 novembre 2023 avec un mandat de grève illimitée et qui a pris fin après cinq semaines. En guise d’introduction, cette chronique revient d’abord sur le contexte de cette grève, la dynamique syndicale dans laquelle elle s’inscrit ainsi que sur les revendications (partie 1). Elle présente ensuite une chronologie détaillée des évènements qui veut rendre compte des paradoxes du conflit et de quelques-uns des enjeux qu’il soulève (partie 2). En conclusion, elle propose quelques pistes de réflexion (partie 3). L’ensemble a été exclusivement rédigé à partir des articles de presse, communiqués syndicaux, chroniques, synthèses ou commentaires repérés sur les pages Facebook (de la FAE, des syndicats membres de la FAE et du Front commun) qui ont été publiés, et ce jusqu’à trois mois après la signature de l’entente mettant fin à la grève.          

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Martin Gallié et Elsa Galerand

Chronique des conflits de travail no. 2 : grèves chez Olymel

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents. Par là, elles veulent contribuer à alimenter les recherches sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses en lutte contre l’exploitation. En avril 2021, les 1050 employé·e·s de l’usine d’abattage de porcs d’Olymel à Vallée-Jonction, en Beauce, déclarent la grève illimitée. Cette grève, qui durera plus de quatre mois, a mis à l’avant-plan bon nombre d’enjeux qui débordent de ce secteur d’activité: précarisation de l’emploi, stratégies antisyndicales, désindustrialisation, réalités du travail en région et en milieu rural. Dans un contexte d’érosion du syndicalisme dans le secteur privé et d’individualisation du rapport au travail, le cas « Olymel » permet de dépeindre l’expérience d’un conflit de travail récent impliquant des salarié·e·s à temps plein en « usine » – norme typique du régime fordiste –, autant dans ses gains que dans ses inévitables difficultés.

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Félix Beauchemin