Repolitiser le travail, travail précaire et action collective : vers quelle transition? Bilan critique entre les acteurs sociaux

Samedi le 20 mai, dans le cadre de l’évènement La Grande Transition : Lutter en temps de crise globale, a eu lieu une discussion organisée par des chercheur·euse·s affilié·e·s au GIREPS et portant sur l’action collective des travailleur·euse·s précaires au Québec. Les échanges ont été animés par Manuel Salamanca Cardona (CTI) et Yanick Noiseux (UdeM).

Compte-rendu

Simone Lemieux-Bourque

Les mères monoparentales et la protection sociale fiscale

La stratégie de fiscalisation de la protection sociale repose essentiellement sur deux variables : la composition du ménage et le revenu tiré de n’importe quel emploi ou activité rémunérée et déclarée. La fiscalisation du social nous invite à croire qu’avec de l’argent dans nos poches, tous nos besoins sont comblés et qu’il suffit de payer. Cette stratégie redistributive fait peu de cas du sort des femmes sur le marché du travail et de celui que le marché du travail réserve aux femmes. Mais la citoyenneté des femmes, et particulièrement de celles qui sont plus vulnérables ou victimes de discrimination, n’est pas qu’une affaire de pouvoir d’achat. La recherche a depuis longtemps démontré que l’égalité et la sortie des femmes de la pauvreté dépendent de la qualité et de la disponibilité des services publics : les garderies, le logement, par exemple. Isoler les finances personnelles du débat sur la pleine citoyenneté des femmes ne suffit pas. Les trois situations qui illustrent ce que représente dans la vie des femmes, et plus particulièrement des femmes monoparentales qui travaillent, la fiscalisation du social, sont suivies d’une proposition concernant les composantes de l’emploi de qualité. Afin de mieux répondre à la question de savoir s’il vaut la peine de travailler, nous proposons douze critères pour évaluer la qualité d’un emploi. Les droits des femmes à la dignité, au revenu décent et à l’emploi de qualité sont intimement liés et le respect du droit des femmes au travail participe au respect de tous leurs autres droits. Nous ne prétendons pas que les femmes peuvent se payer le luxe de n’accepter qu’un emploi de qualité. Nous ne nions pas non plus que l’emploi contribue à l’empowerment des femmes. Mais nous croyons que les critères de l’emploi de qualité fournissent des repères afin d’évaluer le potentiel de violations de droits à la clé des mesures de fiscalisation du social. En effet, il n’est pas impossible que « les chèques des gouvernements » enferment les femmes dans des emplois de moindre qualité qui renforcent les rapports inégalitaires de genre et de classe. Ce qui est certain, c’est que les chèques du gouvernement ne bonifient en rien le travail des femmes. Faut-il s’en satisfaire alors que d’autres besoins imposent une attention urgente : le logement, les garderies, les transports ? Comment réconcilier transition en emploi même dans des emplois de moindre qualité bonifiés par des aides fiscales, et les avantages de l’intégration en emploi pour les femmes ?

Cahier de transfert de connaissances

Marie-Pierre Boucher, Lucie Lamarche, Olivier Gentil et Corynne Laurence-Ruel

Innovations sociales et justice sociale au regard de la Théorie critique de Nancy Fraser

Au-delà des approches usuelles, surspécialisées et cloisonnées, Nancy Fraser offre l’occasion de réfléchir en profondeur sur l’actuelle crise multi­dimensionnelle (sociale, économique, politique, écologique et sanitaire) et sur les éventuelles voies de sortie, tout en inscrivant son œuvre dans la Théorie critique dont la mission consiste à dévoiler les formes de domination et à contribuer à l’émancipation. Renouvelant les apports de Marx et de Polanyi, tout en se démarquant d’Axel Honneth, la philosophe américaine, spécialiste des mouvements féministes, se livre à une analyse éclairante de la société contemporaine, divisée par les luttes identitaires. Membres du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), les auteurs convoquent la théorie de la justice sociale de Nancy Fraser pour mieux comprendre les études de cas qu’ils présentent dans cet ouvrage. Celles-ci portent tant sur les conditions de vie des femmes immigrées monoparentales et des personnes marginalisées et itinérantes que sur les conditions de travail des professionnels de recherche dans les universités canadiennes et des travailleurs étrangers temporaires dans la filière avicole québécoise. Elles concernent également des organisations collectives précises, comme l’habitat-santé le Mimosa du Quartier, les Maisons familiales rurales en France ou les coopératives de travail dans le taxi en Europe et dans le ramassage des déchets au Brésil. Ce livre s’adresse aux universitaires, aux étudiants et au public préoccupés par les injustices sociales et les solutions pour y remédier.

Direction de livre

Paul-André Lapointe; Martine D'Amours

Qu’est devenu le modèle québécois de relations professionnelles ?

Le modèle québécois de relations professionnelles mis en place à partir des années 1960 a permis la consolidation du syndicalisme tant dans les milieux de travail que sur le plan politique. Les salariés ont obtenu des gains par la négociation collective et les syndicats ont acquis un statut d’interlocuteur politique privilégié. À compter des années 1980, les transformations du capitalisme ont dégradé les relations d’emploi et contribué à freiner la syndicalisation. Les syndicats ont aussi perdu de leur influence auprès de l’État. Les avancées obtenues par les salariés s’appuient sur la protection de droits individuels ou sur des luttes menées par d’autres mouvements sociaux. Cette situation interroge donc les stratégies politiques du syndicalisme et sa capacité à représenter la diversité du salariat. Mots-clés Droits économiques et sociaux Emplois précaires Liens État-syndicats Québec Relations du travail Syndicalisme

Articles scientifiques

Thomas Collombat; Martine D’Amours

Syndicalisme et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : les appels à la solidarité et les actions du mouvement social ukrainiens

Cet article s’intéresse aux prises de position et aux actions des principaux syndicats et acteurs du mouvement social ukrainiens (groupes socialistes, anarchistes, écologistes, féministes, LGBTQ notamment) depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Il s’agit donc de faire un pas de côté par rapport aux débats les plus en vue aujourd’hui : qui de l’OTAN, des États-Unis, de l’UE, de la Russie voire de l’Ukraine est responsable du déclenchement de la guerre, et qui a intérêt ou non à ce qu’elle se poursuive. À distance de ces questions et dans la continuité d’un travail entamé par d’autres, ce texte voudrait plutôt faire le point sur ce que les premier.e.s concerné.e.s par l’agression Russe attendent du mouvement internationaliste : quelles sont leurs actions et revendications? Quels types de soutien attendent-ils? Quelle définition de la solidarité internationale dessinent-ils ? Mots-clés : Syndicalisme Ukraine Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes Armes Sanctions économiques

Notes sociopolitiques

Martin Gallié

La sous-traitance de la sécurité à l’Université 

Cet article traite de la soustraitance à l’UQAM. Celle-ci est particulièrement bien implantée dans les domaines d’activité où les conditions de travail sont les plus précaires et où les personnes racisées sont surreprésentées. Martin Gallié, professeur au Département des sciences juridiques, s’est intéressé de plus près à la sous-traitance de la prévention et de la sécurité à l’UQAM pour en faire ressortir d’importants enjeux syndicaux. Il analyse les tâches confiées aux agent.e.s de sécurité ainsi que leurs conditions de travail, puis il dresse un portrait de l’entreprise GardaWorld à qui l’UQAM sous-traite sa sécurité. Mots-clés :  Sous-traitance Université Compagnies de sécurité Gardiennage Agents de sécurité

Articles scientifiques

Martin Gallié

Modeling the job quality of ‘work relationships’ in China’s gig economy

Policy interventions geared toward improving the quality of gig economy work depend not only on how this work is classified in legal terms but also on a fine-tuned understanding of the relevant factors that determine the quality of the gig ‘work relationship’. Models that are used to evaluate standard work, however, are poorly adapted to gig work. This article proposes a ‘work relationship’ model adapted to the gig economy. The model is inspired by Dunlop’s systems approach and is constructed from 24 in-depth interviews with gig economy workers. A survey generated from the model was used to verify the relevance of 3 macro-level and 12 micro-level factors. Its main findings are that income, labour protections, voice and client behavior are the most significant factors in determining the quality of work and of work relations as determined by gig workers.    

Articles scientifiques

Wei Wei; Ian Thomas MacDonald

Inégalités et COVID-19 : impacts de la crise sanitaire sur les opinions à l’égard des personnes assistées sociales et leur représentation médiatique au Québec

Cet article présente les résultats d’analyse d’un sondage effectué auprès de 2060 répondants en juin 2020 quant à leurs opinions à l’égard des personnes assistées sociales au Québec. Il fait état des impacts de la crise sanitaire sur ces opinions et il offre une analyse de la couverture médiatique de l’assistance sociale effectuée entre le 23 mars et le 25 juin 2020. Cette période correspond au premier confinement vécu au Québec en raison de la COVID-19. Les conclusions mettent en lumière une congruence entre des opinions durablement négatives à l’égard des personnes assistées sociales, un faible niveau d’acceptabilité sociale des aides particulières qui pourraient leur être versées en période de crise sanitaire, une marginalisation médiatique des thèmes et des enjeux associés à l’assistance sociale en contexte de crise sanitaire, et l’absence de mesures mises en place par le gouvernement du Québec afin d’atténuer ses impacts pour les personnes assistées sociales. Mots-clés : assistance sociale, crise sanitaire, COVID-19, protection sociale, opinion publique, couverture médiatique, cadres médiatiques

Normand Landry; Alexandre Blanchet; Olivier Santerre; Marie-Josée Dupuis; Sylvain Rocheleau

L’incitation au travail dans les politiques d’assistance sociale. Les « sables mouvants »

REVUE DU CREMIS PRINTEMPS, 2022, Vol. 13, no. 1 Les résultats présentés ici sont le fruit d’une recherche partenariale entre des chercheurs-euses du Groupe de recherche interuniversitaire et interdisciplinaire sur la pauvreté, l’emploi et la protection sociale (GIREPS) et le Collectif pour un Québec sans pauvreté. La recherche a permis d’interroger 44 personnes assistées sociales qualifiées « d’aptes au travail » dans 7 régions du Québec, sur leur parcours de vie, leur expérience à l’aide sociale et leur rapport au travail.  

Anthony Desbiens; Marie-Josée Dupuis; Diane Gagné