Chroniques des conflits de travail no. 10 : La grève illimitée de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre-décembre 2023, Partie III : enjeux et pistes de réflexion sur la grève de la FAE

Cette troisième fiche sur la grève de la FAE propose de dégager quelques pistes de réflexion en vue de recherches à venir. À l’été 2025, soit plus d’un an après la grève de la FAE et du Front Commun, les bilans se font encore attendre mais quelques propositions d’analyse, lancées dans le débat public, y sont néanmoins repérables. Nous renvoyons aux articles de presse parus dans la semaine du 5 février, aux interventions politiques d’Yvan Perrier, de Marc Bonhomme et de Ghislaine Raymond relayées par Presse-Toi à Gauche, au texte de Louis Girard publié par le World Socialist Web Site, à l’article signé par Fanny Theurillat-Cloutier paru dans les Nouveaux cahiers du socialisme à l’hiver 2024 et à celui de Claude Lessard publié en avril 2024 dans la Revue internationale d’éducation de Sèvre. Si bilan il y a eu de la part des organisations syndicales, elles ne sont pas disponibles au public, à ce jour. Du contenu des contributions mentionnées ci-haut comme de celui du traitement médiatique qui a été accordé à la grève pendant son déroulement et dont nous avons fait état dans les précédentes fiches, trois enjeux peuvent être dégagés : le contenu de l’entente et le peu qui a été finalement obtenu (1) ; les stratégies qui ont été privilégiées par les directions syndicales (dont le recours à la grève) face au gouvernement (2) ; les solidarités qui se sont construites au fil de la mobilisation (3). Nous reprenons ici les discours sur ces trois questions tour à tour

Chroniques du travail

Elsa Galarand et Martin Gallié

Chroniques des conflits de travail no. 7 : la première grève de professeur·e·s de l’Université McGill (2024)

Le 24 avril 2024, la toute récente Association McGillienne des professeur·e·s de droit (AMPD), créée en 2021, déclenche une grève illimitée. Dans le petit monde des enseignant·e·s universitaires québécois·e·s, c’est un événement rare qui mérite d’être souligné. L’AMPD est alors le premier syndicat de professeur·e·s au sein de la prestigieuse Université McGill, à déclencher une grève et le premier à subir les attaques frontales d’une direction ouvertement antisyndicaliste. C’est ainsi un conflit qui permet d’illustrer une campagne antisyndicale d’un patronat totalement décomplexé, qui n’hésite pas à mobiliser des fonds publics, les tribunaux, à faire traîner les négociations et à ridiculiser les étudiant·e·s solidaires afin d’empêcher ou de décourager toute forme de syndicalisation du corps professoral. Ce même patronat qui, souligne le jeune syndicat, s’oppose à toute forme de contestation et fait preuve d’une rare arrogance : il recourt aux forces de l’ordre et à des services de sécurité privés pour expulser un campement propalestinien qui demande simplement une reddition de compte ; il méprise ouvertement les demandes de familles autochtones qui souhaitent procéder à des fouilles archéologiques pour préserver les restes d’enfants retrouvés sur le campus lors de travaux ; et il est alors incapable de s’opposer efficacement au Gouvernement québécois, qui a décidé d’augmenter d’un tiers les frais de scolarité des étudiant·e·s de premier cycle qui ne sont pas Québécois·e·s. C’est également une lutte qui permet de mettre en lumière pourquoi et comment un groupe de travailleurs et de travailleuses relativement privilégié, peu habitué à se mobiliser et à lutter collectivement, décide finalement de s’organiser, de « recourir à l’action syndicale » pour reprendre leur formule, afin de s’opposer à l’arbitraire patronal et aux attaques contre leurs conditions de travail. Ce cas permet enfin d’illustrer une forte solidarité de la communauté universitaire canadienne et québécoise, qui ne se limite pas à un soutien moral, mais qui s’accompagne d’un soutien financier important et de moyens de pression relativement originaux, comme les flying pickets. Enfin, ce conflit offre des pistes de réflexion préoccupantes sur les motivations et le zèle qu’ont pu déployer certains cadres pour s’opposer frontalement, sans crainte d’être condamnés au tribunal pour entraves, aux droits fondamentaux de se syndiquer et de négocier collectivement.

Chroniques du travail

Mireille Fournier et Martin Gallié

Chronique des conflits de travail no. 6 : La grève illimitée de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre-décembre 2023 (partie II)

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents. Par là, elles veulent contribuer à alimenter les recherches sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses en lutte contre l’exploitation. Cette chronique présente une chronologie de la grève illimitée menée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre à décembre 2023. Cette mobilisation visait à dénoncer l’inaction du gouvernement face aux revendications concernant les conditions de travail, la composition des classes et les salaires des enseignants. Malgré des tentatives de négociation, le gouvernement n’a proposé que des concessions insuffisantes, menant à une grève historique impliquant 65 500 enseignant·e·s. La mobilisation a culminé le 23 novembre 2023, date marquée par une manifestation massive et un soutien important du public. Après cinq semaines de grève, une entente de principe a finalement été conclue, bien que celle-ci ait suscité des réactions mitigées parmi les membres, en raison de compromis perçus comme insuffisants face aux attentes initiales.

Chroniques du travail

Elsa Galarand et Martin Gallié

Chronique des conflits de travail no. 5 : Grève dans l’hôtellerie à l’automne 2024. Entretien avec trois préposées aux chambres

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents, en vue d’alimenter la recherche sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses contre l’exploitation. Les 30 syndicats impliqués dans le secteur de l’hôtellerie mènent une plateforme commune de revendications pour négocier avec leurs employeurs, tout en conservant la liberté d’ajouter des demandes spécifiques et de choisir leurs moyens d’action. Sans convention collective depuis le 30 juin 2024, plusieurs grèves ponctuelles ont eu lieu durant l’été. Le 12 septembre, les employés de l’hôtel Bonaventure à Montréal ont entamé une grève illimitée, suivis le lendemain par ceux de l’hôtel PUR à Québec. Les travailleurs de l’hôtel Delta à Sherbrooke, quant à eux, ont adopté une banque de 120 heures de grève. La présente chronique vise à faire un bref survol de cette lutte syndicale.  

Chroniques du travail

Martin Gallié et Elsa Galerand

Chronique des conflits de travail no. 4 : le lock-out des débardeurs du port de Québec (2022 – 2024)

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents, en vue d’alimenter la recherche sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses contre l’exploitation. Le 15 septembre 2022, la Société des arrimeurs de Québec (SAQ) déclenche un lock out à l’encontre des 81 débardeurs du Port de Québec. En septembre 2024, deux ans plus tard, le lock out est toujours en vigueur et les activités du Port de Québec semblent fonctionner « normalement ». Elles seraient même en légère hausse. Il faut dire que dans la mesure où les ports relèvent de la compétence fédérale, la SAQ peut légalement recourir à des briseurs de grève.    

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Martin Gallié et Yanick Noiseux

Chronique des conflits de travail no. 3 : La grève illimitée de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de novembre-décembre 2023 (partie I)

Les chroniques des conflits de travail (CCT) consistent à documenter l’histoire, les revendications, les actions et les enjeux, notamment juridiques, de conflits du travail, passés ou présents. Par là, elles veulent contribuer à alimenter les recherches sur les pratiques de résistance et de mobilisations collectives des travailleurs et des travailleuses en lutte contre l’exploitation. Cette chronique est consacrée à la grève des 65 500 enseignantes (du préscolaire, du primaire, du secondaire, de l’enseignement en milieu carcéral, de la formation professionnelle et de l’éducation des adultes) syndiquées à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE[1]) qui a été déclenchée le 23 novembre 2023 avec un mandat de grève illimitée et qui a pris fin après cinq semaines. En guise d’introduction, cette chronique revient d’abord sur le contexte de cette grève, la dynamique syndicale dans laquelle elle s’inscrit ainsi que sur les revendications (partie 1). Elle présente ensuite une chronologie détaillée des évènements qui veut rendre compte des paradoxes du conflit et de quelques-uns des enjeux qu’il soulève (partie 2). En conclusion, elle propose quelques pistes de réflexion (partie 3). L’ensemble a été exclusivement rédigé à partir des articles de presse, communiqués syndicaux, chroniques, synthèses ou commentaires repérés sur les pages Facebook (de la FAE, des syndicats membres de la FAE et du Front commun) qui ont été publiés, et ce jusqu’à trois mois après la signature de l’entente mettant fin à la grève.          

Chroniques du travail

Martin Gallié et Elsa Galerand

Travail non libre et rapports sociaux de sexe – À propos des programmes canadiens d’immigration temporaire

L’analyse proposée ici défend la nécessité d’opérer un déplacement vis-à-vis des termes qui semblent dominer pour l’heure la réflexion sur les nouvelles formes d’esclavage ou de servitude pour y intégrer pleinement les rapports sociaux de sexe en tant que rapports sociaux de production et d’exploitation. Dans cette perspective, à partir de deux études sur le terrain réalisées auprès des travailleuses domestiques et des travailleurs agricoles soumis aux programmes canadiens d’immigration, il s’agit de chercher à voir comment les rapports de travail qui sont rassemblés sous les concepts « d’esclavage moderne » et de « travail non libre » produisent non seulement une classe de travailleurs exclue du salariat canonique, mais aussi et simultanément une main-d’œuvre racisée, intrinsèquement sexuée : des « non-ressortissants » qui sont aussi des hommes et des femmes dont les corps sont différemment mis au travail, exploités et marqués. Galerand, Elsa et Martin Gallié, « Travail non libre et rapports sociaux de sexe – À propos des programmes canadiens d’immigration temporaire », Canadian Journal of Law and Society / Revue Canadienne Droit Et Société, vol. 33, no. 2, août 2018, p. 223-241.

Articles scientifiques

Elsa Galerand, Martin Gallié

Présentation du dossier: Droit au logement et conflits sociaux

Le logement est de loin le premier poste de dépense des Québécois-es, propriétaires (60 % des cas) ou locataires (40 %). Ces données masquent cependant l’essentiel, à savoir la « spirale des inégalités » en matière de logement. Ce texte présente les analyses et les témoignages regroupés dans ce dossier spécial de la Ligue des droits et libertés sur le droit au logement. Gallié, Martin. « Présentation du dossier: Droit au logement et conflits sociaux », Droits et libertés, vol. 37, no. 1, printemps 2018.

Direction de numéro de revue

Martin Gallié

La néo-féodalisation du droit du travail agricole : Étude de cas sur les conditions de travail et de vie des travailleurs migrants à Saint-Rémi (points saillants)

*** Version abrégée *** Ce rapport a pour principal objectif de contribuer à documenter la réalité vécue par les quelques 10 000 travailleurs étrangers, des hommes mexicains et guatémaltèques dans l’immense majorité des cas, qui chaque année viennent au Québec produire et récolter les fruits et les légumes, « biologiques » ou non, que nous mangeons chaque jour. Ces travailleurs « étrangers » émigrent sans jamais avoir le droit—en vertu des programmes d’immigration auxquels ils sont soumis—d’obtenir la citoyenneté canadienne. Ils viennent au Québec avec des visas de courte durée, où ils restent la moitié de l’année, en moyenne. Pour la grande majorité d’entre eux, cela fait presque dix ans qu’ils participent à ces programmes « temporaires » et qu’ils font ces allers- retours ; certains en sont à leur 25e « saison ». Sélectionnés en tant qu’hommes, époux et pères de famille, ils laissent derrière eux leurs épouses et leurs enfants restés seuls dans les campagnes du Tiers-monde avec tout ce que cela implique en termes de division sexuelle du travail et de reproduction des inégalités de genre. Ils sont sélectionnés parmi les travailleurs pauvres et peu scolarisés, souvent autochtones et ils émigrent au Québec sans parler ni l’anglais ni le français et en n’ayant eu accès qu’à l’enseignement primaire dans la grande majorité des cas. Ces « travailleurs provisoires » atterrissent au printemps au Québec où ils sont logés jusqu’à l’automne dans des « logements provisoires », à proximité des fermes de leur employeur-bailleur-voisin. Isolés dans les campagnes québécoises, le plus souvent sans moyen de transport qui leur soit propre, sans famille et/ou de réseaux sociaux, ils sont alors « immobilisés » sur leur lieu de travail. En tant que travailleurs agricoles saisonniers, 10 heures par jour en moyenne, six jours sur sept le plus souvent, ils labourent, sarclent la terre, plantent les semis, courbent le dos, se mettent à plat ventre sur des planches en bois tirées par des tracteurs, pour cueillir, laver, empaqueter, charger dans les camions les salades, les concombres, les carottes, les oignions, le persil ou encore les fraises produites au Québec. Dans la quasi-totalité des cas, ils sont privés du droit de se syndiquer et ils quittent leur pays sans connaitre le nombre d’heures de travail qu’ils feront ni la durée de leur contrat. Ils ont tout au plus la garantie d’être payé au salaire minimum pour les heures travaillées (10,75$ de l’heure), sans aucune majoration pour les heures supplémentaires. Ils cotisent dans le même temps pour des services publics ou de mécanismes de protection sociale dont ils ne béné cient qu’exceptionnellement, ou pas du tout, comme en matière d’assurance emploi ou d’aide sociale. Travailleurs précaires et souvent endettés, cela signifie que chaque matin ils espèrent non seulement que leur employeur leur accordera un maximum d’heures de travail mais qu’ils seront également en mesure, physiquement et psychologiquement de les réaliser sous le soleil, la pluie et au rythme de travail imposé par leurs employeurs et les machines. « Travailleurs en sursis », ils exécutent les tâches qu’on leur ordonne, avec la crainte que leurs employeurs réduisent leurs heures de travail et/ou qu’ils ne les rappellent pas l’année suivante. « Travailleurs toujours disponibles », ils sont de cinq heures du matin à 22h—et plus si nécessaire—à l’entière disposition de leurs employeurs. Ce sont donc les conséquences humaines et sociales du régime juridique d’exception auxquels sont soumis ces travailleurs que ce rapport de recherche souhaite contribuer à documenter. Martin Gallié, Jeanne Ollivier-Gobeil et Caroline Brodeur. « La néo-féodalisation du droit du travail agricole : Étude de cas sur les conditions de travail et de vie des travailleurs migrants à Saint-Rémi (Québec) », Cahiers du GIREPS, no. 8, Québec, 2017, 16 p., [en ligne] <https://www.gireps.org/wp-content/uploads/2017/08/DroitTravail_PointsSaillants_-Online.pdf>.

Cahiers du GIREPS

Martin Gallié, Jeanne Ollivier-Gobeil, Caroline Brodeur